TO Look Or TO Eat?

Décembre 2010

Felix Hug, Michèle Rochatt, Paul Scot, Robert Dawson, Pierre-Alain Capt.

Le «plat d’apparat», objet de décor si utilisé dans les siècles passés subit une re-interprétation contemporaine par les artistes exposants. L’idée est celle d’exposer des plats décorés, un «petit reste des services de table bourgeois», qui deviennent l’objet d’un renversement de concepts établis. Ces oeuvres sont nées de la volonté de perturber l’équilibre et les certitudes avec ironie et «poésie» par l’utilisation de techniques anciennes ou plus innovantes. Le support devient une pièce unique et l’intervention de l’artiste devient l’élément en série. Chaque artiste a sa propre démarche et les plats sont ici réactualisés tout en gardant les mémoires de leur passé.

Téléchargez des dossiers

Felix Hug

s’intéresse aux objets, images et slogans, véritables messagers de leurs propres réalité. Il en est hypnotisé, terrorisé, séduit, enchanté ou épouvanté par ces messagers d’une realité qui le poussent vers le passé ou le futur.
Les artefacts qui sont à la base de son travail ont déjà une histoire. Ils ont été au service de rites sociaux et ou affectives pour être ensuite éliminés avec leurs propres histoires. Nés par un ensemble de « conditions-nécessitée » ils deviennent eux-mêmes, dans son travail, une « condition-nécessitée ».
À leur apparition, les plats sont conditionnés par des nécessités et des esthétiques liées à un lieu, un temps et une culture qui en font des incarnations privilégiées d’une mémoire collective. Une fois détachées de ce contexte originaire, leur identité dépend du vécu de l’observateur.
Felix Hug ne cherche pas de leur donner une nouvelle identité, mais il veut créer une interaction entre l’existant et ce qu’il ajoute. Une action qu’irrite et dérange. Ses interventions visent à enlever, autre que la fonction de l’objet, le contenu symbolique que lui avait été attribué. De cette façon, l’artiste libère l’objet en lui donnant une autre vision de lecture, une autre possibilité de perceptions du connu dans le quotidien. Avec la complicité de ces objets issus du passé, il guide notre attention vers un présent sans s’intéresser aux problématiques formelles ou esthétiques.

 

 

 

 

 

 

 

Michèle Rochatt

s'amuse à transformer des objets ordinaires et familiers avec une distance ludique, teintée d'ironie. Son travail consiste à dépasser la fonction purement utilitaire des objets pour mieux pointer du doigt, par transformation et décalage, la relation intime, parfois fétichiste, qu'on entretient avec eux.
Ce sont généralement des assiettes décoratives
« souvenirs » ou « commémoratives »
réactualisés par un décapage partiel, un sablage qui lui permet d’éliminer certaines parties du décor d’origine et d’en créer de nouveaux.
Son idée est de parvenir à rédiger notre regard sur
l’ épaisseur sociologique en revisitant certains objets déjà existants. Elle les détourne de leur sens premier ou en accentue leur valeur patrimoniale.
Son travail se situe au-delà de la fonction essentiellement utilitaire de l’objet, elle explore une zone plus symbolique - celle qui met en évidence les valeurs véhiculées par les objets que l’on détient et qui nous définissent.

 

 

 

 

Paul Scot

voit la céramique comme un support expressif. Souvent les potiers parlent de leur plaisir en manipulant la matière première et en créant la forme, lui en revanche prend un plaisir différent dans son travail qui concerne la surface plutôt que la substance de l'argile.

Paul Scott est un des artistes le plus connu pour ses recherches dans la céramique et les transferts d’images par impression. La recherche a toujours joué une fonction clé, mais lui ne laisse pas rien au hasard entre la combinaison, la forme historique de l'objet et les décors contemporains incorporés. Cette attention à l'esthétique et le processus (apparemment en contradiction avec le travail qui intègre et/ou simule la Chine commerciale) donne vie à un paradoxe intéressant.

La céramique domestique dans ses mains subit une mutation subversive. Il lui donne la capacité de communiquer des contenus politiques et sociaux plutôt que la technique ou l'auto expression. Dès le début, il s’est engagé sur les questions de l'apartheid, de l'environnement et de la justice sociale. Plus tard, il a commencé à aborder l'énergie nucléaire et les déchets. Les aspects subversifs de ses œuvres se manifestent après un examen minutieux, en raison de la parfaite combinaison de motifs sur la surface utilisée.

 

 

 

 

 

Robert Dawson

nous surprend en jouant avec des images qui nous sont familières mais après son intervention elles perdent leurs éléments de lecture et deviennent à nos yeux méconnaissables. Le sens du décor est déformé de sa forme d’origine, agrandi et disposé sur une série de plats de manière à en apercevoir des fragments. De plus, il en change la perspective ou il en brouille partiellement la visibilité. La relation n’est plus entre l’objet et le spectateur, mais entre les objets eux-mêmes.
Son travail est richement décoratif, et les formes qu'il obtient deviennent part intégrante de la surface avec laquelle il joue.

 

 

 

 

Pierre-Alain Capt

archéocéramiste autodidacte, travaille à la restitution des techniques céramiques antiques. En partant d’un tesson, petit fragment de vie perdue dans le temps, son travail redonne la parole à ceux qui se sont tus depuis longtemps. Pour mieux savoir les écouter, il tente de répéter les mêmes gestes que ceux qui les avaient créés d’antan. L’aventure commence par la construction d’un four gallo-romain dans son jardin, suivie par la construction d’un tour à pied. Ce n’est qu’ensuite qu’il apprend le dur travail du potier-céramiste avec la ferme décision de n’utiliser aucun produit moderne en tenant compte que des quatre éléments - eau, air, terre et feu.
Il est devenu spécialiste dans la reconstruction des céramiques gauloises, gallo-romaines et germaniques et travaille en collaboration avec les archéologues et les musées.
Ses plats « antiques » montrent combien l’esthétique dite contemporaine, avec toutes ses techniques innovantes, soit proche de ce que faisaient nos ancêtres avec moins de moyens.